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 Les favorites

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AlexandreleGrand
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MessageSujet: Les favorites   Dim 25 Fév 2007 - 20:36

Le rôle des favorites au sein de la Cour sous l’Ancien Régime





Les rois ont toujours pratiqué les amours adultères mais c’est avec Charles VII (1403-1461) et Agnès Sorel que les maîtresses en titre apparaissent à la vue de tous. En revanche, c’est à François I que l’on doit l’installation, auprès du roi, d’une favorite officielle, et de tout l’appareil du prestige et de l’influence qui l’accompagne. Il y a désormais, à côté de la reine dynastique, une reine de beauté et d’amour. Le statut de la maîtresse royale reste cependant ambigu, provisoire, à la fois marginal et central.


En effet, les favorites se retrouvent en pleine lumière, au premier rang des étoiles de la Cour. Elles règnent sur les plaisirs et sur les arts. La favorite est alors l’occasion ou l’animatrice des fêtes féeriques et inventives qui font de la Cour un lieu attractif et ludique qui attire toute la jeunesse nobiliaire. Ainsi, pour Voltaire, les Plaisirs de l’Île Enchantée (1664) furent la fête la plus brillante du règne de Louis XIV. A Versailles, ce fut huit jours entiers de cavalcades, de défilés de chars, de feux d’artifices, de bals, de théâtre, le tout en l’honneur de la nouvelle favorite du roi, Louise de La Vallière. Mais une favorite chasse l’autre. En 1668, le Grand Divertissement Royal est dédié à Athénaïs de Montespan, la nouvelle maîtresse du roi. Molière y présente Georges Dandin et Lully Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, au milieu de soupers, de bals, d’illuminations, de feux d’artifices. La Cour est ainsi devenue le creuset privilégié de la création et du talent. La favorite est au cœur des arts. Elle fait régner sa mode, goût français par excellence, en opposition aux reines souvent étrangères. Elle pensionne poètes et écrivains pour qu’ils chantent ses louanges. Les architectes construisent pour elle, comme Philibert Delorme et Benvenuto Cellini qui créent dans le parc du château d’Anet un véritable temple à la gloire de Diane de Poitiers. Les peintres se disputent l’honneur de célébrer sa beauté.

Mais le pouvoir des maîtresses royales ne s’impose pas simplement sur l’animation et l’exaltation de la Cour. Il peut également s’exercer dans l’ombre, au côté du roi ou au centre des intrigues politiques. Il y a en fait trois cas de figures. Il peut arriver que la maîtresse en titre n’ait aucun lien avec les affaires politiques dirigées d’une main de maître par son royal amant. Ce fut le cas des maîtresses de Louis XIV. Cependant, même si elle ne se mêle pas de politique, la favorite est au moins dispensatrice des grâces royales : sa famille acquière des postes que leurs compétences ne leur auraient peut-être pas permis d’avoir. Ainsi, le père d’Athénaïs de Montespan est nommé gouverneur de Paris, et son frère est fait général des galères royales. De plus, pour satisfaire ses maîtresses le roi n’hésite pas à pomper dans le Trésor royal : la marquise de Maintenon reçut une pension de 6 000 livres et un don de 200 000 francs, Mme du Barry a 150 000 livres de rente et a puisé, en cinq ans, plus de six millions de livres. Le second cas de figure représente la plupart des favorites royales. Elles représentent un instrument d’influence et de faveur pour les différents partis qui s’affrontent autour du roi. Elle devient, parfois contre son gré, l’enjeu des intrigues de la Cour qui espèrent récolter par là la faveur du roi, plus de pouvoir pour primer sur les cabales adverses. L’idéal pour ses courtisans avides est de placer eux-mêmes leur créature dans le lit du roi pour assurer leur position. Ces habiles entremetteurs peuvent par là espérer la fortune, la faveur, une clientèle dévouée, le pouvoir, bref une grande destinée. L’amante royale est manœuvrée par les différents clans comme une pièce sur un échiquier. Le troisième cas de figure concerne une minorité de favorites royales (Diane de Poitiers, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour). Celles-ci exercent un réel pouvoir politique. Alors que dans le cas précédent les amantes royales se contentaient d’essayer d’influencer le roi, elles exercent ici un véritable rôle dans les affaires du royaume. La marquise de Maintenon est admise aux réunions des ministres, se tient informée des évènements ; le roi la consulte régulièrement. Mais c’est Diane de Poitiers qui illustre le mieux cet exemple. En effet, elle était tellement impliquée qu’elle se faisait l’arbitre de la diplomatie étrangère : elle correspondait directement avec le pape et les ambassadeurs lui réservaient leurs premières visites. Diane eut une influence souveraine sur le roi Henri II, qui ne faisait rien sans prendre son avis, et sur toutes les affaires du royaume. Elle règne sur le conseil des ministres, fait nommer Charles de Lorraine chef du Conseil privé, obtient pour son gendre la charge de Maréchal de France, destitue le garde des Sceaux et le Trésorier de l’Épargne pour les remplacer par des fidèles dévoués. Plus que toute autre favorite, elle exerça une emprise totale sur l’esprit du roi.


Cependant, malgré toute l’influence qu’elle peut exercer, la favorite royale ne peut parvenir au niveau de la reine. Même si elle est traitée comme telle, prenant le pas sur la souveraine et les princesses, elle n’aura jamais le statut légitimé que la reine occupe. Elle peut donner des enfants au roi, qui peut les reconnaître, mais elle restera toujours l’objet d’un adultère, ce dont-elle a parfaitement conscience. La maîtresse royale, quoi qu’elle fasse, reste marginale et provisoire, dans le tourbillon de la Cour.




Pour en savoir plus :
Guy Chaussinand-Nogaret, La vie quotidienne des femmes du roi, d’Agnès Sorel à Marie-Antoinette, Paris, 1990
Jean-Marie Constant, La noblesse française au XVIe et XVIIe siècle, Paris, 1985
Jacques Levron, La Cour de Versailles aux XVIIe et XVIIIe siècles, Genève, 1978
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